Croyances et confusion

Dans notre métier, il arrive parfois que l’on vive des moments magiques où certains sont dans une situation inextricable, bloquée, puis adoptent un autre point de vue et changent radicalement. Nous nous proposons d’illustrer ce genre de situation avec une anecdote. Nous sommes en formation « Maîtrise du Temps » et Pierre, ténébreux ingénieur d’une trentaine d’années, fait partie du groupe.

Un cas désespéré noyé sous une avalanche d’activité

Si Pierre travaille avec application pendant la formation, il apparaît comme un cas désespéré et manifestement, les techniques du programme ne sont pas faites pour lui. Aussi, au fil de la formation, son amertume s’accroît. Et le fond de sa pensée c’est : « Tout ça, c’est bien joli – sur le papier – mais je ne peux en aucune manière en tirer profit ». Pierre est empêtré dans un volume d’activité qui se déverse sur lui, un flux trop abondant et sur lequel il dit n’avoir aucune influence. Tant qu’une telle activité lui sera imposée par sa hiérarchie, il ne pourra pas gérer son temps. Il est victime d’un système qui l’exploite et c’est tout !

Même si la formation se déroule en 4 moments espacés de deux semaines qui donnent le temps à une prise de recul, laissent une chance à l’expérimentation et à la maturation de solutions nouvelles, avec Pierre rien à faire. Le dernier jour, il assène encore ses certitudes de ne pas pouvoir profiter de tout ça et lorsque les autres participants tentent de lui montrer qu’il a sans doute en main tout ce qu’il faut pour reprendre l’initiative et en parler avec son chef, il agite la tête en signe de dénégation. Il n’y a aucune chance qu’il soit entendu.

« Je me sens respecté »

4 mois plus tard, le temps de l’évaluation de l’impact de la formation est venu et en nous y rendant, nous anticipons la probable absence de Pierre. C’est une erreur car il est bien là – presque détendu – et pendant le tour de table au cours duquel chacun expose ce qu’il a changé réellement, il reste silencieux, déterminé à parler en dernier. Et quand il prend la parole, c’est la stupeur … « Ce que la formation m’a apporté ? Le respect. Oui, c’est ça, maintenant je me sens respecté … »

Après un court silence, au cours duquel Pierre savoure l’effet de sa déclaration, il raconte qu’il a vraiment cru que ce n’était pas pour lui, mais qu’un jour, sans trop savoir pourquoi, la pensée lui est venue qu’il devait au moins tenter de prendre les choses en main, monter un dossier factuel de son activité, de ce qui était important qu’il fasse lui-même et ce qui pouvait être délégué – même s’il n’avait personne sous la main pour le faire, et montrer ça à son chef. « A ma grande surprise, j’ai été entendu et aujourd’hui, ma fonction a changé, je manage deux personnes et … tout a changé. Je me sens respecté. »

Médusés, nous l’avons spontanément applaudi et son expression d’alors reste gravée dans notre mémoire.

A propos de croyances et de confusion

Sur la plupart des sujets, on a une opinion, des à-priori, des croyances qui nous conduisent à des inférences* et nous empêchent de penser correctement. On fait la confusion entre la carte, la façon dont on se représente la situation, et le territoire, ce que la situation est réellement.

Il en était ainsi pour Pierre, qui croyait pur et dur que l’avalanche d’activité qu’il recevait était due à la volonté de son chef de l’exploiter au maximum et que, désireux de ne pas se mettre en mauvais termes avec lui, il ne pouvait rien faire d’autre que de la subir en courbant l’échine. Il a fallu qu’il vive – presque malgré lui – une démarche pas à pas, structurée et méthodique pour penser sa situation autrement et en tirer un comportement nouveau qui change tout.

*Une inférence c’est une déduction tirant ses conclusions d’une proposition admise comme vraie.

 

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